BPI est un groupe important. Consultants, managers et dirigeants ont besoin de se ressourcer en permanence. Ils aiment confronter leurs expériences et partager les savoirs de créateurs, philosophes, écrivains et autres penseurs, qui tous les font avancer sur le chemin de l’avenir de leurs candidats et de leurs clients. Le conseil en stratégies du changement et l’accompagnement de candidats à l’emploi, ou de dirigeants, réclame de marier en permanence la réflexion et l’action. Dés à présent, nous souhaitons partager avec vous ces heureux moments de pure écoute, de vrai dialogue ou de profonde méditation. A suivre…

 


 

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Jean-Claude Ameisen, membre du Comité National d’Ethique

Le « vrai » principe de précaution :
protéger les plus vulnérables

Jean-Claude Ameisen est directeur de recherche en biologie à L’Inserm et membre du Comité national d’éthique. Lors d’un séminaire de dirigeants du groupe BPI, il a traité des notions d’éthique et du rapport aux personnes en difficulté ou en recherche d’accompagnement.

Voici quelques extraits de sa très riche intervention.

L’accompagnement
« L’important est de concilier l’assistance à la personne et la liberté de cette personne…

Le questionnement "qu’attend-il de nous" est toujours premier. La démarche éthique repose sur cette possibilité de choisir. En toute liberté et avec les bonnes informations.

Toute personne accompagnée a le droit au consentement ou au refus, libre et informé. »

L’évaluation
« Comme en neurosciences, tout test n’est ni bon, ni mauvais, le problème c’est son utilisation. Si on réduit la personne à une grille de lecture, on se trompe toujours, même si cette grille est bonne…

C’est un abus, car chacun est beaucoup plus que ce que l’on peut décrire et comprendre de lui. »

Le dialogue
« Le Comité national d’éthique, qui regroupe des médecins, des biologistes, des membres des grandes disciplines universitaires, des représentants de chacune des grandes religions, des laïcs, c’est en tout 40 personnes qui travaillent selon un dialogue ouvert et non dogmatique.

On évite la culture du débat où chacun veut faire accepter une idée préconçue, son idée ! Au contraire, chaque idée est développée pour permettre à chacun de grandir et évoluer dans sa propre idée. Éclairer pour réfléchir et choisir. Sans oublier que les idées généreuses mettent toujours du temps à s’inscrire dans la réalité ! »

« La liberté c’est de vivre avec les autres. Quand les gens sont en grande vulnérabilité on a l’habitude de les mettre… ailleurs ! C’est vrai pour le handicap, la vieillesse, les marginaux, les différents… On délègue à d’autres, ceux dont personne ne s’occupe.

 

 

Au lieu d’intégrer les personnes vulnérables, on les déplace… Il y a un moment où il faut inventer de nouveaux moyens, explorer de nouvelles pistes. On peut se demander pourquoi la canicule n’a pas tué à Bruxelles, contrairement à Paris…

L’absence de soins palliatifs et d’intégration des handicapés, notamment mentaux et sociaux, résulte d’un calcul. On perd la notion de don pour celle d’investissement : quand je vais l’aider qu’est ce que ça va me rapporter ou à la société ?

Si l’environnement est un facteur important pour la longévité, on est responsable en tant que société ou entreprise. Si la maladie ou l’espérance de vie sont inscrites, prédéterminées, à l’intérieur du corps, je ne suis plus responsable. C’est pourquoi il y a une sorte de fétichisation des gènes. Lire les gènes, c’est lire l’avenir ; tenter de définir une prédestination… pour fermer des possibles et fuir sa responsabilité.

Tout le monde veut être libre de sa vie et connaître l’avenir… Il y a un paradoxe évident.

Or, ce qu’on voit dans un corps, c’est souvent la trace de ce qui s’est passé, du stress accumulé sur 10 ou 15 ans.

L’influence de l’environnement se traduit en risque de maladie et agit sur l’état de bien-être physique, psychique et social. On ne fait pas la santé de quelqu’un contre son gré.

Tout ce qui est de l’ordre du lien (comme le travail quotidien d’accompagnement par les consultants BPI) est de l’ordre d’un impératif social et de l’aide à la santé. »

Vulnérabilité

« En vulnérabilité, on n’est pas "moins" on est "autre".

La vulnérabilité repose sur le refus de la diversité. Ce qui est choquant, c’est qu’on est "ailleurs" parce qu’on est vulnérable. On est déplacé. Lors des catastrophes, les plus touchés sont toujours les plus faibles. En cas d’incertitude, le vrai principe de précaution consiste à protéger les plus vulnérables et non à se livrer à une quelconque prédiction, pour les mettre ailleurs. »

 

 

Pierre Haski, président-fondateur de Rue89

Sur internet, le nouveau journalisme se crée en temps réel, et en direct avec ses lecteurs

Pierre Haski est président-fondateur du site d’information Rue89. Il s’est exprimé devant des consultants de BPI sur la presse, internet et les sites d’information… Passionnant et instructif à plus d’un titre.

Une crise de confiance

« La presse va mal. Et pas seulement chez nous, aux USA des quotidiens ne sortent que 4 ou 5 fois par semaine. D’autres journaux se limitent à un site web et un supplément papier du dimanche !

C’est la fin d’une époque. La crise de la presse se double d’une crise du journalisme, avec la rupture de la confiance entre les lecteurs et les journalistes (les erreurs comme l’affaire des charniers de Timisoara ou le non au référendum européen ont laissé des traces). Il y a un lien à reconstruire.

De plus en plus de lecteurs deviennent créateurs de blogs et sur internet l’information est horizontale et rapide : c’est tout de suite, commentaire compris. Le journaliste n’a plus l’exclusivité de l’information. La technologie a changé la donne. La parole est accessible à n’importe quel citoyen pour une information complète et en tous lieux. »

Les nouveaux journalistes

« La question est de savoir comment passer du blogger au journaliste par internet. Et l’impact est beaucoup plus important que celui de l’article de presse dont on recommande la lecture à quelques amis.

Il y a une dizaine de sites d’information en France.

Pour Rue89, il s’agit d’un travail à trois voix entre les journalistes, les experts et les internautes. Nous sommes une équipe de 18 personnes, dont trois webmasters-journalistes.

 

On ne met rien sur notre site qui ne soit vérifié par un journaliste. L’information est une matière fragile et qui peut s’avérer dangereuse. Nous devons éviter les manipulations.

Chez nous, à Rue89, le travail du journaliste consiste à :
- rédiger des articles
- suivre la vie de son information et agir comme modérateur, en retrouvant les pistes dans les commentaires… qui sont souvent prétextes à de nouveaux articles.
- travailler avec les communautés des internautes sur les informations reçues, ce qui prend parfois la forme d’un coaching.
Mais, il y a encore de la place pour l’innovation !

Rue89 a fait le choix de la gratuité et de ne pas être exhaustif. Ce qui nous amène à conduire nos lecteurs vers d’autres sites concurrentiels (leur liste est sur notre première page). A eux de se faire leur propre idée. C’est leur liberté. C’est notre raison d’être.

Nous sommes aussi une nécessité sociale et il y a urgence…

Sur Internet, nous sommes sur une page blanche : nous n’utilisons pas 10 % des possibilités. Il y a encore de la place pour l’innovation et pour d’autres approches.
La question est de savoir comment passer du blogger individuel au journalisme sur internet, qui implique une responsabilité plus grande. Car l'impact est beaucoup plus important que celui de l'article de presse dont on recommande la lecture à quelques amis : c'est un processus participatif dans lequel le lecteur est "dans la boucle" de la fabrique de l'info. »